Le Musée

Ça s’en va et ça revient

Histoire d’un trésor de guerre

Lille, 1914. La ville est occupée par l’armée allemande. Même le Palais des Beaux-Arts est réquisitionné… Un jour de novembre, un officier vient voir le conservateur du musée : l’État allemand réclame la toile du peintre italien Piazzetta, L’Assomption de la Vierge. Le prétexte ? Elle a été volée par les Français !


L’ennemi a bonne mémoire, car l’histoire est vieille de plus d’un siècle… Lors des guerres napoléoniennes, les Français sont passés par Francfort. Ils ont alors enlevé l’œuvre de Piazzetta d’une église locale pour la rapporter en France. Il semble donc normal à l’État allemand de la réclamer.

Mais le conservateur ne se laisse pas faire. L’œuvre a été abîmée par des bombardements quelques semaines plus tôt : cela lui sert de prétexte pour refuser son déplacement. Vous n’y pensez pas, messieurs, elle est bien trop fragile !

Il n’en faut pas plus à l’administration allemande pour dépêcher à Lille un professeur d’histoire de l’art. Ce dernier est chargé d’examiner le tableau pour vérifier son état. Le but est bien entendu de forcer le départ de l’œuvre pour l’Allemagne. Mais il n’a même pas le temps d’achever son expertise. Le 15 décembre 1914, des Allemands armés viennent au musée pour emporter la toile.

Sauf que l’œuvre n’est pas très maniable. Elle fait cinq mètres de haut pour deux de large ! Les soldats ne s’embarrassent pas de ce détail. La toile est retirée de son châssis et roulée comme un vulgaire tapis, direction Berlin. Il faudra attendre 1919, un an après la fin du conflit, pour que l’œuvre rejoigne les salles de peinture du Palais des Beaux-Arts. Le tableau peut aujourd’hui être admiré au Louvre, puisqu’il s’agissait d’un dépôt de l’État qui a pris fin en 1956.