Le Musée

Le juste tri

Comment Louis Joseph Watteau (1731-1798) a créé la première collection

Fin du XVIIIe siècle. Les révolutionnaires saisissent les œuvres d’art du clergé et de la noblesse. Ils ne font pas dans la dentelle… Comme ils n’ont pas de connaissance artistique, les chefs-d’œuvre côtoient les croûtes. Toutes les œuvres de la région lilloise atterrissent à Lille dans de grandes caisses. Paris veut récupérer les plus belles pour les exposer au Louvre... Comment faire le tri ?


Créée pour l’occasion à Paris, la Commission centrale des arts a une méthode. Pour chaque région, elle charge un expert de déterminer les œuvres de valeur méritant d’être « conservées pour l’instruction ». Pour Lille, ce sera le peintre et professeur de dessin Louis Watteau. Lourde charge que la sienne ! Il y a à boire et à manger parmi les milliers d’œuvres à évaluer. Watteau arrive à une sélection de plus de 600 œuvres destinées au Louvre. Parmi elles, il demande l’autorisation d’en conserver presque le tiers à Lille. Il a en effet une petite idée derrière la tête : constituer l’embryon de son futur musée, qui est aujourd’hui le Palais des Beaux-arts de Lille.

Et les toiles écartées, que leur est-il arrivé ? Considérées comme peu digne d’intérêt par Watteau, elles ont été déposées dans les couloirs d’un ancien couvent de Lille. Parmi elles, des peintures primitives flamandes, aujourd’hui d’une très grande valeur ! En 1813, lassé de voir tous ces tableaux traîner, un préfet prend la décision de les vendre à un prix dérisoire. Pour faire de la place, c’est gagné. Pour faire de l’argent, on repassera… Un conservateur de l’époque, très énervé, calculera que chaque tableau aurait été vendu l’équivalent de 3 francs et 90 centimes !